Peut-on résister à Poutine ?

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🇺🇦 Ça chauffe de nouveau en Ukraine

Peu de journalistes en ont parlé (à l'exception du grand Pierre Haski) mais les combats ont repris à l'est de l'Ukraine, dans la région frontalière avec la Russie, faisant 4 morts côté Ukrainiens. Le conflit entre les séparatistes pros russes du Donbass et l'Ukraine dure depuis 7 ans. Plusieurs cessez-le-feu ont été signés, dont le dernier en août 2020. Est-ce encore une altercation mineure ou le début d’une confrontation plus large entre les deux pays ?

On ne choisit pas toujours son voisin

L'Ukraine prend son indépendance suite à la dislocation de l'URSS en 1991. Depuis, la politique locale oscille entre pro rapprochement vers l'Europe et pro rapprochement vers la Russie. Les tendances se construisent en fonction de plusieurs facteurs mais la géographie y est pour beaucoup. L'est de l'Ukraine est russophone et littéralement collée à la Russie, l'Ouest regarde plus vers l'Europe.

2004, round 1

Depuis son indépendance, l'Ukraine était dirigée par Leonid Koutchma, un ancien du parti communiste devenu premier ministre puis président. Une vraie caricature : état corrompu, hommes politiques proches de la mafia, ... Lors des élections de 2004, le pro européen Viktor Iouchtchenko est battu par l'autre Viktor, le pro russe Ianoukovitch. Il est aussi sévèrement empoisonné pendant la campagne. Les élections étaient visiblement truquées, ce qui déclenche la fameuse révolution orange qui réunit plus de 500 000 manifestants et qui dure pendant plus de deux semaines. Les élections sont annulées et le clan pro Europe gagne la présidentielle. Mais la coalition gouvernementale n'arrive pas à s'entendre et tombe vite dans des guerres de tranchées. Le parti de Ianoukovitch (le pro russe) reprend la main lors des élections législatives suivantes et devient président en 2010. Le grand rendez-vous est clairement manqué pour l’aile pro européenne.

2014, round 2

La révolution de 2014 est déclenchée par le refus du gouvernement de signer un traité de rapprochement entre l'UE et L'Ukraine. La jeunesse pro occidentale de l'ouest forme d'énormes manifestations dans plusieurs villes. Elles sont très durement réprimées : 80 morts sur une seule journée de février. Les manifestations s'intensifient, se transforment en une vraie guerre de tranchée et forcent le président à fuir le pays vers la Russie. Un très bon documentaire de Netflix retrace d'ailleurs ces semaines de guerre civile.

Mais pendant que l'ouest manifeste, la Russie en profite pour faire main basse sur la Crimée. La Russie possède là-bas une très grosse base navale et la population y est majoritairement russophone. Des militaires sans drapeaux ni distinctions sur leurs uniformes ont pris possession de l'île "pour la protéger" contre des agresseurs non identifiés. Personne n'était dupe de la nationalité des militaires, russes en l’occurrence. La Crimée s'est par la suite déclarée autonome et a demandé à la Russie de l'annexer, ce qui a été fait avec plaisir par Vladimir Poutine. Je rappelle, qu'au moment où vous lisez ces lignes, cela peut vous paraître digne des plus beaux romans d'espionnage pendant la guerre froide, mais c'était il y a moins de 10 ans, à moins de 4 heures de vol de Paris.

Et parallèlement, il s'est produit à peu près la même chose dans la région du Donbass, sans que la Russie arrive à aller jusqu'à l'annexion pure et simple. Le Donbass est tout à l'est de l'Ukraine, à la frontière avec la Russie. La population y est également fortement russophone et russophile. L'ONU et certains pays occidentaux ont réussi à geler plus rapidement le conflit en signant les accords de Minsk II. Cela n’a pas permis aux indépendantistes de prendre pleinement possession de l'ensemble du territoire et de demander leur annexion à la Russie. Mais, depuis, le cessez-le-feu est régulièrement violé de part et d’autre et une guerre d'usure et de tranchée s'est installée, avec des altercations plusieurs fois par an.

2021, round 3 ?

Concrètement, la Russie fait semblant de ne pas armer les indépendantistes du Donbass et de ne pas soutenir logistiquement leurs attaques. L'Ukraine réplique et tente de reprendre le contrôle de ses frontières. La dernière altercation en date a donc fait 4 morts côté ukrainien. Depuis mi-février on compte une vingtaine de morts alors que les combats se sont intensifiés. Cette semaine le président ukrainien s'est inquiété des rassemblements de troupes russes à la frontière et a demandé à la France et l'Allemagne de jouer de nouveau les intermédiaires. Vendredi, Vladimir Poutine a mis en garde les Occidentaux contre toute intervention en Ukraine, qui entraînerait selon ses mots : des mesures supplémentaires russes. Depuis le début du conflit, en 2014, on dénombre environ 13 000 morts.

PS : Je rappelle à votre bon souvenir que pendant ce conflit un missile tiré depuis la région du Donbass est allé abattre le vol MH 17 faisant 300 morts.


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