Nul homme n’est une île

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🇹🇼 Le briefing de la semaine : Taïwan

Comme on l'évoquait la semaine dernière, plusieurs avions militaires chinois ont violé l'espace aérien Taïwanais. Ce n'est pas la première ni la dernière fois que la Chine tente d'intimider l'île et ses défenseurs (États-Unis en tête). Le problème c'est que la Chine considère que Taïwan lui appartient. Et elle le revendique de plus en plus ouvertement, faisant pression sur ses alliés pour qu'ils cessent de reconnaître l'île comme indépendante.

De la République de Chine à Taïwan

Alors que la dynastie Qing s'effondre en Chine dans les années 1910, le Kuomintang, un parti conservateur, tente de faire vivre une république constitutionnelle naissante. Les premières années sont assez mouvementées puisqu’elle doit faire face à l'invasion japonaise, la rébellion de seigneurs de guerre locaux et surtout à l'insurrection lancée par Mao Zedong et le Parti Communiste Chinois. Les deux forces politiques (Kuomintang et Communistes) s'allient tout de même pendant la seconde Guerre Mondiale pour contrer les Japonais mais dès la fin de la guerre, la république de Chine (et donc le parti Kuomintang) a de plus en plus de mal à tenir le pays et l'insurrection communiste bénéficie de plus en plus de l'appui de l'Union Soviétique. En 1949, le pays tombe aux mains des communistes et les chefs du parti Kuomintang fuient avec 2 millions de personnes sur l'île de Taïwan.

Chaise musicale

Le Parti Communiste crée en 1949 la république populaire de Chine sur l'ensemble du territoire. Les représentants de la république de Chine réfugiés à Taïwan (à ne pas confondre avec la république populaire de Chine), quant à eux, créèrent sur l'île un régime autoritaire anticommuniste. Depuis cette île, leur ambition est de reconquérir l'ensemble du territoire.

Lorsque le monde sort de la deuxième guerre mondiale et crée les Nations Unies en 1945, la république de Chine obtient bien évidemment un siège. Mais cette république, que l'on appellera maintenant Taïwan, est désormais sur un tout petit territoire isolé et n'administre qu'une poignée de la population globale chinoise. En 1970, le jeu des alliances internationales a pour conséquence que Taïwan se fait éjecter de son siège au Nations-Unies au profit de la république populaire de Chine : Coup dur.

Un pays deux systèmes

À partir de là, le parti unique au pouvoir à Taïwan revoit drastiquement ses objectifs à la baisse. Plus question de vouloir reprendre la totalité du territoire. Surtout il mène une politique de démocratisation de la vie politique, tolérant de nouveaux partis, de nouvelles opinions dont les nationalistes taïwanais. De son côté, la Chine revoit ses objectifs à la hausse à partir des années 90, fait de plus en plus d'exercices militaires pour impressionner Taïwan. Elle revendique clairement l'île comme étant chinoise selon le principe d'un pays, deux systèmes, également utilisé pour Hong-Kong (relire le briefing sur Hong-Kong).

Et Aujourd'hui ?

Les Taïwanais (on ne leur demande pas beaucoup leur avis d'ailleurs) sont majoritairement pour l'indépendance (54% en 2020). Suivant cette tendance, une opposante ferme à la réunification, Tsai Ing-wen, a été élue présidente de Taïwan en 2016 puis réélue en 2020.

Aujourd'hui, la Chine demande la reconnaissance explicite d'une seule Chine à tous ses partenaires diplomatiques. De ce fait seuls 4 pays reconnaissent officiellement Taïwan. En revanche, beaucoup d'autres ont des relations plus officieuses avec le pays. Les Etats-Unis par exemple ont déclaré en novembre 2020 que Taïwan ne fait pas partie de la Chine. Ils envoient d'ailleurs régulièrement des navires pour protéger l'île de potentielles incursions chinoises.

Mais, comme pour Hong-Kong, il y a peu de chances que la Chine revoit ses objectifs à la baisse : en janvier 2019, le secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, déclarait que pour récupérer Taïwan la Chine n'exclut pas le “recours à la force, la Chine doit être réunifiée et elle le sera”. Ça doit être un peu stressant d'habiter sur l'île quand même.


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🌍 Le monde cette semaine

🇩🇪 En Allemagne, le match pour remplacer Angela Merkel prend forme. Les Verts ont trouvé leur candidate : Annalena Baerbock. Les Chrétiens-Démocrates, alliés avec les Sociaux-Démocrates de Bavière, se sont chamaillés pendant plusieurs semaines et sont finalement tombés d'accord sur le moins populaire : Armin Laschet. Le match devrait donc être intéressant, en septembre.

🇷🇺 En Russie, Alexeï Navalny vient de terminer une grève de la faim de 3 semaines. Le gouvernement a cédé à sa requête d'être examiné par un docteur extérieur à la prison où il est incarcéré. Relire le briefing sur Alexeï Navalny.

🇹🇩 Au Tchad, le président Idriss Déby est mort en début de semaine. Il avait été blessé lors d'une bataille contre des rebelles islamistes dans le nord du pays. Son fils, Mahamat Idriss Déby, est désormais en charge du pays.

🇺🇦 Alors que la Russie avait amassé plus de 80 000 troupes à la frontière ukrainienne en début de semaine, elle vient d'annoncer leur retrait vendredi. L'organisation militaire russe mise en place à la frontière ressemblait en ampleur à celle réalisée juste avant l'invasion de la Crimée en 2014. Relire le briefing sur les relations Ukraine-Russie.

🇹🇷 Dans un communiqué publié hier, le président américain Joe Biden vient de reconnaître le génocide arménien par l'Empire ottoman au début du XXe siècle. La Turquie a répondu en “rejetant entièrement” la reconnaissance du génocide.