Le père du nucléaire iranien tué

Avec une mise à jour sur l'Éthiopie et sur le sort des Rohingyas

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🇮🇷 Iran

Mohsen Fakhrizadeh, le père du programme nucléaire iranien, a été tué il y a quelques jours près de Téhéran, vraisemblablement par une opération israélienne. En réaction, le parlement iranien vient d'approuver un programme d'enrichissement d'uranium beaucoup plus ambitieux que ce qui avait été fait jusqu'à présent.

L'Iran développe un programme nucléaire civil ambitieux depuis le milieu des années 50, en coopération avec la plupart des grandes puissances occidentales. Le renversement de l'empire en 1979 et l'instauration d'une république islamique a bien crispé les relations de l’Iran avec les USA et l'Europe. Plus question d'aider l'Iran a muscler sa technologie nucléaire. Beaucoup de programmes de coopérations ont été abandonnés mais les scientifiques iraniens continuent de travailler à l'enrichissement de l’uranium, dans le but de construire leur arme nucléaire, de leur côté. Dès le début des années 2000, les pays occidentaux, avec les USA en tête, mettent en place des sanctions économiques. L'objectif est de pousser l'Iran a stopper son programme, sans succès. En 2015, un accord est enfin trouvé et le Joint Comprehensive Plan of Action est signé entre Téhéran et les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie ainsi que l'Allemagne. L'Iran s'engage à ne plus enrichir l'uranium au delà d'un certain seuil et les autres pays lèvent leurs sanctions économiques. En 2018, Donald Trump quitte unilatéralement l'accord et reprend l'embargo économique, premier effet kiss cool. Début 2020, un haut gradé de l'armé iranienne est assassiné par l'armée américaine et l'Iran annonce qu'il enrichissait à nouveau son uranium, deuxième effet kiss cool. Avec cette nouvelle attaque survenue fin novembre, et les nouvelles positions de l'Iran, il sera beaucoup plus compliqué pour Joe Biden de réintégrer l'accord, comme il l'avait pourtant promis.


🇪🇹 Ethiopie

Le Premier ministre Abiy Ahmed vient de déclarer victoire contre la région rebelle du Tigré suite à la prise de la capitale, Mekele. L'offensive aura duré plus de trois semaines, aura fait des centaines de morts et des milliers de réfugiés.

Dans les années 90, les milices de la région du Tigré (le Trigrayan People Liberation Front (TPLF)) sont les principaux artisans de la libération du pays d'une dictature communiste qui sévissait depuis 15 ans. Par voie de conséquence, le TPLF a été, depuis les 30 dernières années, la principale force politique du pays alors que cette région ne représente que 6% de la population. Suite à de nombreuses révoltes ethniques provenant des Amharas (1/4 de la population) et des Oromos (1/3 de la population), Abiy Ahmed devient le premier Premier ministre Oromo en 2018. Il promet des élections libres en 2020 qu'il repousse ensuite à cause de la crise sanitaire. La région du Tigré estime que le Premier ministre tente de prolonger illégalement son mandat et organise ses élections locales sans l'accord du gouvernement. Et c'est là que ça commence à chauffer. En novembre, le Gouvernement central a lancé cette vaste opération militaire afin de reconquérir la région du Tigré. Bien que le Premier ministre semble indiquer que cette opération soit finie, l'armée n'a toujours pas capturé les leaders du TPLF qui indiquaient à Reuters qu'ils entreraient en guérilla et se battraient jusqu'à la mort.


🇲🇲 Rohingyas

Le gouvernement du Bangladesh a commencé à préparer le transfert de milliers de réfugiés Rohingyas (qui ont fui la persécution dans le Myanmar voisin) vers Bhasan Char, une île isolée dans le golfe du Bengale. Les autorités affirment qu'il est nécessaire de soulager la surpopulation chronique des camps actuels. Les groupes de défense des droits de l'homme se sont opposés à cette décision, affirmant que l'île est menacée par les cyclones et qu'elle équivaut à un "centre de détention".

Les Rohingyas, peuple majoritairement musulman, vivent dans le nord de l'état d'Arakan (Rhakine) dans l'ouest du Myanmar. Depuis l'indépendance du pays en 48, ce peuple est rejeté par une grande partie de l'ethnie majoritaire de Birmanie, les Bamas, pour qui l'identité birmane est inséparable de la religion bouddhiste. Depuis des décennies, les Rohingyas sont pourchassés par l'armée birmane ou par des groupes armés locaux puis sont au fur et à mesure dépossédés de leur nationalité. Des violences inter ethniques éclatent dans la province de l'Arakan en 2012 à la suite du meurtre et du viol d’un jeune bouddhiste par trois musulmans. L'armée, au lieu de protéger les population Rohingyas participent dans un certain nombre de cas aux violences ou laisse faire. Résultat : plus de 200 morts et de nombreux déplacés dans les pays voisins dont le Bangladesh. En 2016, les Rohingyas répondent aux persécutions en s'organisant en force armée. Ils entrent en guérilla et l'armée répond de manière de plus en plus violente. La Birmanie interdit aux Nations unies et aux ONG l'accès à la région. L'armée birmane, appuyée par des milices, terrorise les villages rohingyas (tueries, viols, incendies de villages et de mosquées) pour forcer les survivants à l'exil. Le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme parle même d'un « exemple classique de nettoyage ethnique ». En 2016, selon Human Rights Watch, 288 villages rohingyas ont été détruits et MSF estime que 6.700 Rohingyas ont été tués, dont 730 enfants de moins de cinq ans. En tout près d'un million de Rohingyas ont fui au Bangladesh, en comptant ceux déjà présents dans les camps de réfugiés. Cela fait plusieurs années que la Birmanie et le Bangladesh cherchent un accord pour rapatrier ces réfugiés dans leur région d'origine, sans succès.


Bon week-end à tous,

JB

PS : Petit bonus pour ceux qui ont lu jusqu’ici, une video super intéressante de Courrier International sur les événements en Éthiopie.