L'accord de paix en Colombie

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🇨🇴 Fragile paix en Colombie

Fin janvier 2021, le tribunal spécial pour la paix en Colombie a inculpé plusieurs dirigeants des FARC pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La réaction de ces 8 chefs de guerre sera décisive pour le futur de la paix en Colombie.

Les FARC trouvent leurs origines dans une période de violence terrible entre 1948 et 1958. L’assassinat de l’homme politique Jorge Eliécer Gaitán marque le début des hostilités (cette période sera plus tard appelée La Violencia). D’un côté le peuple, qui voyait dans cet homme politique un sauveur, fait exploser sa rage lors d’émeutes extrêmement violentes. De l’autre, l’État et les conservateurs répondent par une répression encore plus violente. Le conflit a fait plus de 200 000 morts et 2 millions de déplacés. Les milices d’autodéfense paysanne pour lutter contre les exactions de l’armée et des conservateurs datent de cette époque.

En 64, une de ces zones d’autodéfense devenue quasiment une république indépendante est reprise par l’armée colombienne avec l’aide de l’armée américaine. C’est l’événement fondateur officiel pour les FARC qui fuient la zone mais se reforment en petits groupes. À partir de cette date, ils grandissent doucement mais sûrement, gérant des zones entières et attaquant l’armée dès qu’ils le peuvent.

Un premier accord de paix est tout de même signé en 1984. Les FARC se transforment en parti politique, l’Union Patriotique (UP). Mais plus de 3 000 membres de l’UP sont assassinés dans les années suivantes. Les FARC reprennent les armes et rompent l’accord de paix dès 1987. Attaques armées, prises d’otages et attentats sont les principaux types d’actions menées par le mouvement. La Colombie connaît dès lors une période particulièrement violente entre guérillas, paramilitaires (milices privées pour contrer les FARC) et également avec l’essor des narcotrafiquants. Les premiers perdants sont évidemment les Colombiens : déplacés, pris pour cibles d’attaques, taxés ou assassinés. C’est certainement pour cette raison que la chanteuse Shakira, elle-même colombienne, a imaginé cette phrase : "Colombia is a paradise but Colombians live in hell" (il n’y a pas de sous citation).

Au début des années 2000, les FARC sont extrêmement puissants militairement (plus de 17 000 combattants) et tirent de larges bénéfices de la production de cocaïne. En 2002, le président Alvaro Uribe, fraîchement élu, s’attaque à ce problème de manière frontale : les FARC perdent plus de 8 000 hommes et le contrôle de plus de 20 territoires durant ses deux mandats.

C’est en 2012, après plus de 50 ans de guerre civile, que des négociations pour un nouvel accord de paix commencent finalement, entre le nouveau président, Juan Manuel Santos, et les FARC. Il sera signé en 2016. Un des éléments phares du dispositif de l’accord est le tribunal spécial. Son objectif : investiguer les crimes commis par toutes les parties (armée, paramilitaires et FARC) et inculper, le cas échéant, les responsables. Dans une optique de réconciliation, les inculpés auront le choix entre accepter ou nier les charges retenues contre eux. Dans le premier cas, ils pourront bénéficier d’un allégement et aménagement drastique de leur peine. S’ils nient, un procès aura lieu et ils pourront encourir jusqu’à 20 ans de prison.

Après 4 ans d’enquêtes, le tribunal a rendu un rapport de 400 pages détaillant la violence avec laquelle les otages des FARC étaient traités. 8 responsables des FARC sont donc désormais inculpés ; reste à savoir comment ils réagiront. Toujours dans une optique de réconciliation, beaucoup de ces responsables sont aujourd’hui à l’Assemblée Nationale représentant le nouveau parti issu des FARC. La mise en œuvre concrète des inculpations décidera donc certainement de l’avenir de ce processus de paix.

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JB