Affrontements en Éthiopie

et aussi Pérou, Haut-Karabakh, Mozambique, USA et Hong-Kong

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L'information

Depuis plusieurs mois, les relations entre le pouvoir central en Éthiopie et la région du Tigré, au nord, se détériorent. Début novembre, le gouvernement a accusé la région d'avoir attaqué deux bases militaires et de vouloir faire sécession. Le Premier ministre, Abiy Ahmed, a révoqué les pouvoirs du parlement régional et a lancé une opération contre plusieurs cibles en représailles. L'agence de presse Reuters fait état de plusieurs centaines de morts de part et d'autre.

Le contexte

L'empereur Hailé Sélassié est arrivé sur le trône en 1930. À l'exception de l'invasion italienne de 1935 à 1941, il a gouverné sans autre interruption jusqu'en 1974, date à laquelle il est renversé par une révolution marxiste-léniniste.

Une dictature, soutenue par l'URSS, s'installe en 1975 et gouvernera jusqu'en 1991. Au début des années 80, une famine particulièrement sévère touche plus de 8 millions de personnes et fait 1 million de morts. La région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, commence à se révolter et à s'organiser contre le régime. En 1989, le Trigrayan People Liberation Front (TPLF) fusionne avec d'autres groupes insurrectionnels locaux pour former le Ethiopian People's Revolutionary Democratic Front (EPRD).

L'EPRD parvient à renverser la dictature en 1991 et organise des élections libres (qu'il gagne) en 1995. Au cours des 30 dernières années, ce mouvement paramilitaire est devenu la principale force politique du pays alors qu'il est issu d'une région, le Tigré, ne représentant que 6% de la population. L'EPRD gouverne le pays d'une main de fer, laissant peu de places à l'opposition.

En parallèle, suite à la chute du régime communiste en 1991, l'Érythrée obtient son indépendance de l'Éthiopie. Un désaccord sur la ligne de démarcation entre les deux pays engendra une terrible guerre qui fera plus de 80 000 morts entre 1998 et 2000.

Les Omoros, ethnie majoritaire avec plus du tiers de la population, entrent en rébellion en 2015. En 2016, les Amharas, qui représentent le quart de la population, les rejoignent. Le Premier ministre démissionne en 2018; Abiy Ahmed lui succède et devient le premier Omoro à ce poste. Une de ces premières actions sera de pacifier les relations avec l'Érythrée, ce qui lui vaudra le prix Nobel de la paix en 2019. Il libère de nombreux prisonniers politiques et promet d'organiser des élections libres en 2019.

Les élections sont finalement annulées à cause de la crise sanitaire liée au Covid 19. Le Trigrayan People Liberation Front, opposé à cette annulation, accuse alors Abiy Ahmed d'essayer de prolonger illégalement son mandat. En réaction, la région du Tigré décide d'organiser ses propres élections régionales en septembre 2020. Plus de 2 millions de personnes y participent. Le gouvernement central a déclaré le scrutin illégal et depuis les relations avec la région ne cessent de se tendre.

Pourquoi c'est important

L'Éthiopie est organisée en régions autonomes représentant les différentes ethnies qui peuplent le pays. Le Tigré, au nord, accueille seulement 6% de la population, mais c'est une région qui est lourdement armée et militairement très expérimentée. Le Tigré a été le mouvement leader de l'insurrection contre la dictature communiste et a été en première ligne pendant la guerre avec l'Érythrée. C'est également au Tigré que sont stationnées plus de la moitié des unités militaires du pays. Un conflit ouvert entre le gouvernement central et le Tigré pourrait se transformer très rapidement en guerre civile. Cet affrontement pourrait également réveiller le conflit dormant avec l'Érythrée. La principale cause du conflit était une dispute territoriale entre l'Érythrée et la région du Tigré, justement.

L'info qui vaut le détour

L'empereur Hailé Sélassié était considéré comme un Dieu par les rastas. Bob Marley, qui contribua largement à faire connaître le mouvement rastafari, utilisa carrément les paroles du discours de l'empereur à l'ONU en 1963 pour sa chanson War.


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Jean-Baptiste