10 ans de cauchemar

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🇸🇾 La guerre en Syrie : 10 ans de cauchemar

Le 15 mars nous avons malheureusement “fêté” les 10 ans de la guerre en Syrie. Allons droit au but : 400 000 morts, la moitié du pays déplacé, entre cinq et six millions de Syriens ont fui le pays, soit le quart de la population. Un pays détruit qui mettra plusieurs décennies à se reconstruire... lorsque la guerre sera finie. Car elle ne l'est toujours pas.

La démocratie ? Connais pas

La Syrie devient indépendante à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Mais les débuts ne sont pas de tout repos : entre 1946 et 1970, on dénombre pas moins de 7 coups d'État. Hafez al-Assad prend le pouvoir en 70 et régnera sans partage jusqu'en 2000, date à laquelle il cède le pouvoir à son fils, Bachar. Depuis 50 ans les Syriens sont dirigés par un régime autoritaire se basant sur un service de renseignement cruel et omniprésent et ne laissant aucune place à l'opposition. Sans oublier la corruption et le népotisme : un cousin de Bachar posséderait indirectement environ 60% du secteur privé en Syrie.

Alors comment une révolution a pu éclater dans ces conditions ? Plusieurs facteurs se sont superposés.

  • D’abord le facteur religieux : 70% des Syriens sont Sunnites, 3% sont Chiites, 10% Alaouites (un sous-groupe des Chiites) et 10% Chrétiens. Et notre Bachar, lui, est alaouite, donc plutôt minoritaire. Les Alaouites occupent énormément de postes dans l'administration et dans les services de renseignement.

  • Ensuite le facteur ethnique : Il y a aussi les Kurdes, principalement sunnites, un peuple dispersé entre Iran, Irak, Turquie et Syrie, qui rêve de se regrouper et de créer un Kurdistan indépendant.

  • Puis viennent les facteurs économiques. Début 2011, les jeunes sont très fortement touchés par le chômage. 30% des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté. La grande sécheresse des années 2006 à 2010 a également rendu très pauvre une certaine partie de la population.

  • En synthèse : un régime ethniquement minoritaire, qui spolie son peuple, qui lui-même commence sévèrement à manquer de perspectives économiques.

Ton tour arrive, Docteur

En mars 2011, quelques jours après la chute des régimes tunisien et égyptien suite aux printemps arabes, un groupe d'adolescents de la ville de Deraa est arrêté et torturé pendant plusieurs semaines. Leur faute ? Avoir écrit "ton tour arrive, Docteur" sur un mur (Bachar al-Assad est docteur). C'est l'étincelle : en quelques jours le pays s'embrase et les manifestations se multiplient dans tout le pays. La répression du gouvernement est violente. C'est la guerre civile. Une partie de l'armée entre en rébellion, crée l'Armée Syrienne Libre et prend très progressivement une bonne partie du territoire. Parallèlement, les Kurdes prennent également une partie du nord et contrôlent partiellement la frontière avec la Turquie.

En 2013 le gouvernement retourne la situation à son avantage en utilisant des armes chimiques. Un vrai massacre qui était censé être la ligne rouge qui déclencherait l'intervention des pays occidentaux. La cavalerie occidentale n'est jamais arrivée. Ce revers marque le début de la reprise en main du pays par Bachar, l’affaiblissement de l’Armée Syrienne Libre (plutôt religieusement modérée) et l’entrée dans le conflit de l'État Islamique (EI, plutôt pas du tout modéré). L’ EI attire de plus en plus de combattants de la région et d'Europe.

Rébellion islamique > rébellion démocratique

Le conflit devient extrêmement complexe. D'un côté l’Armée Syrienne Libre, l'alternative la plus modérée au régime, pèse de moins en moins et se bat contre le gouvernement et l'État Islamique. D'un autre les Kurdes tâchent de garder la mainmise sur les territoires conquis et se battent principalement contre l'État Islamique. Enfin, le gouvernement se bat contre tout le monde mais peut faire des alliances avec les Kurdes lorsque nécessaire.

Pas assez complexe ? La Russie (avec ces fameux mercenaires Wagner) intervient au côté du gouvernement Syrien pour éviter que ce partenaire économique de longue date s'effondre. L'Arabie saoudite avait initialement envoyé des milices se battre contre le gouvernement syrien, allié de son meilleur ennemi l'Iran, mais devant la radicalisation des islamiques elle s'est rétractée. La Turquie, quant à elle, bombarde sa frontière avec les Kurdes de peur qu'ils ne prennent trop de place et incitent les Kurdes de Turquie à se rebeller également. Et franchement, c'est non exhaustif.

Le gouvernement a repris petit à petit ses positions, contre l'État Islamique et contre l’Armée Syrienne Libre. Aujourd'hui Assad est certainement sur le point de gagner, mais à quel prix. Il règne désormais sur des ruines et un pays éclaté. Sans parler de sa population dont j'ai parlé en introduction.


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