Élections présidentielles en Biélorussie

La chute du dernier dictateur d'Europe ?

Marcopolo est un briefing hebdomadaire qui explique simplement les événements mondiaux importants, en 2 minutes top chrono.

Vous avez certainement entendu parler du résultat des dernières élections en Biélorussie, des manifestations massives de la société civile et de la violente répression mise en place par le régime.

Un tout petit peu d'histoire

  • La Biélorussie devient indépendante lors de la dislocation de l'URSS en 1991.

  • Dès 1992, le premier président, Stanislaw Chouchkievitch, a très rapidement réprimé la vague naissante (et régionale) de démocratisation.

  • Suite à une grande campagne anti-corruption menée contre le président sortant en 1994, Alexandre Loukachenko est élu président avec 80 % des voix !

  • Il est donc président de la Biélorussie (aussi appelée Belarus) depuis 26 ans, non-stop.

Loukachenko l'indéboulonnable

  • En 1996, il fait allonger, par référendum (tout de même), la durée du mandat présidentiel de 2 ans et renforce les pouvoirs de la fonction (comme la possibilité de pouvoir fermer le Parlement). La guerre contre les opposants démarre fort : journaux interdits de publications, personnalités bannies de la télévision ou de la radio, fermeture du parlement et remplacement de ses membres par des fidèles au régime. Entre 1996 et 2000, 4 personnalités de l'opposition ont "disparu".

  • Réélu en 2001 et 2006, les résultats des élections sont déjà contestés localement et par plusieurs institutions internationales (le conseil de l'Europe parlera du scrutin comme d’une "farce électorale"). Le KGB biélorusse s'empresse alors de faire taire les opposants en les menaçant de mort.

  • Les élections de 2010 sont, en revanche, un peu plus corsées pour Loukachenko. Il déclare avoir obtenu 79 % des voix, mais la contestation, cette fois, est beaucoup plus forte et violente. Les opposants politiques protestent contre la falsification des résultats. Des manifestations se déroulent dans tout le pays et sont réprimées violemment par la police. Les principaux candidats de l'opposition sont arrêtés.

  • En représailles, les USA et l'Union européenne mettent en place des sanctions internationales contre la Biélorussie en 2011 : gels d'avoirs financiers, interdiction d'entrée dans l'UE pour les dirigeants du régime. Ces sanctions seront levées 5 ans plus tard par l'Union européenne elle-même.

  • Alexandre Loukachenko est réélu avec plus de 80 % des voix le 11 octobre 2015.

  • En 2019, il interdit aux opposants et aux deux parlementaires issus de l'opposition de se présenter aux élections législatives. Il obtient ainsi un parlement 100 % fidèle à son régime.

Le dernier round ?

  • En 2020, le président se présente pour un 6ème mandat et fait arrêter et exclure de l'élection ses deux principaux opposants, dont Sergueï Tikhanovski, militant pro-démocratique.

  • La femme de Sergueï Tikhanovski, Svetlana, se présente alors à sa place et réussit à fédérer autour de sa candidature tous les opposants au régime.

  • Elle mène une campagne très active contre la dictature d'Alexandre Loukachenko et fait salle comble pendant ses meetings. Plusieurs membres de son staff sont arrêtés pendant la campagne.

  • Le président sortant obtient 80 % des votes et Svetlana Tikhanovskaïa est créditée de 10 %. Cette annonce provoque une vague de manifestations pacifistes, sans précédent dans tout le pays. La police réprime avec violence les manifestations qui s'intensifient tout de même.

  • Bien que la presse internationale ait été progressivement exclue du pays, plusieurs journalistes ou opposants locaux continuent de relater les évènements. On parle d'arrestations en masse dans les manifestations, dans les universités, de passage à tabac dans les prisons et même, de viols. Les hommes en noirs sont visiblement partout et arrivent rapidement.

  • Svetlana Tikhanovskaïa, après avoir été vraisemblablement forcée à reconnaître sa défaite, est partie se réfugier en Lituanie avec ses deux enfants.

  • Il est encore beaucoup trop tôt pour dire comment ce bras de fer se terminera, si Loukachenko aura le soutien sans faille de la Russie, si la communauté internationale poussera aux sanctions et surtout, si la police aura raison de la détermination et du courage des manifestants.

Pour prendre la mesure de ce qu’il se passe

Vous voilà briefé sur les évènements en Biélorussie et leur contexte. Si cela vous a plu, n’hésitez pas à partager cet email.

Jean-Baptiste