🌍 Eye of the Tigré

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En début de semaine, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a été investi en grande pompe pour un mandat de 5 ans à la tête de l'État.

Cette célébration cache une toute autre réalité. En un an, Abiy Ahmed est passé aux yeux des pays occidentaux de parfait démocrate réformateur à apprenti guerrier autocratique. De chouchou des projets internationaux d'aide au développement à bête noire de l'ONU.

Regardons cette belle performance de plus près.

⭐ La nouvelle star

  • Le dernier empereur d'Éthiopie, Hailé Sélassié, est renversé en 1974 par une révolution marxiste-léniniste.

  • Au début des années 80, une famine particulièrement sévère touche plus de 8 millions de personnes et fait 1 million de morts. La région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, commence à se révolter et à s'organiser contre le régime communiste, le DERG.

  • Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) parvient à renverser la dictature en 1991 et organise des élections libres (qu'il gagne) en 1995.

  • Durant les 30 dernières années, ce mouvement paramilitaire est devenu la principale force politique du pays alors qu'il est issu d'une région ne représentant que 6% de la population. Il gouverne le pays d'une main de fer, laissant peu de place à l'opposition.

  • En parallèle, suite à la chute du régime communiste en 1991, l'Érythrée obtient son indépendance de l'Éthiopie. Un désaccord sur la ligne de démarcation entre les deux pays engendre une terrible guerre qui a fait plus de 80 000 morts entre 1998 et 2000.

  • Dès 2015, Les Oromos, ethnie majoritaire avec plus du tiers de la population, entrent en rébellion en 2015. Ils sont rejoints par les Amharas, qui représentent le quart de la population, l'année suivante. Ce soulèvement contre le FLPT pousse le premier ministre à la démission.

  • Abiy Ahmed lui succède et devient le premier Oromo à ce poste. Une de ces premières actions sera de pacifier les relations avec l'Érythrée, ce qui lui vaudra le prix Nobel de la paix en 2019. Il libère de nombreux prisonniers politiques et promet d'organiser des élections libres en 2019. Bref, il devient le chouchou de l'occident.

😞 Fallait pas l'inviter

  • Les élections de 2019 sont finalement annulées à cause de la crise sanitaire liée à la Covid 19. Le FLPT, opposé à cette annulation, accuse alors Abiy Ahmed d'essayer de prolonger illégalement son mandat.

  • En réaction, la région du Tigré décide d'organiser ses propres élections régionales en septembre 2020. Plus de 2 millions de personnes y participent. Le gouvernement central déclare le scrutin illégal et c'est le début de toutes les tensions entre Abiy Ahmed et le FLPT.

  • Début novembre 2020, le gouvernement accuse la région d'avoir attaqué deux bases militaires et de vouloir faire sécession. Le Premier ministre lance alors une opération contre plusieurs cibles en représailles et signe le début des hostilités.

  • Depuis maintenant un peu moins d'un an, la guerre civile fait rage en Éthiopie, entre les forces gouvernementales d'un côté et les rebelles du Tigré de l'autre. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et des centaines de milliers de personnes sont menacées par la famine par un "blocus humanitaire de facto", selon l’ONU.

  • Le conflit dure, car le Tigré, bien que représentant seulement 6% de la population, est une région qui est lourdement armée et militairement très expérimentée. Le Tigré a été le mouvement leader de l'insurrection contre la dictature communiste et a été en première ligne pendant la guerre avec l'Érythrée en 2000.

  • Abiy Ahmed a d'ailleurs très bien joué des rivalités anciennes pour que le dictateur à la tête de l'Érythrée aide militairement l'Éthiopie a mater les rebelles du Tigré. La principale cause du conflit de 2000 était une dispute territoriale entre l'Érythrée et la région du Tigré, justement.

  • Et depuis quelques mois le conflit s'est exporté aux provinces voisines de l'Afar et de l'Amhara. Comme en Éthiopie, les régions autonomes représentent les différentes ethnies qui peuplent le conflit, la guerre civile devient aussi une guerre inter-ethnies.

🧯 La pression monte

  • Le premier ministre Abiy Ahmed a dû se résoudre à organiser des élections. Elles se sont tenues en juin de cette année et ont été largement critiquées.

  • Aucun vote n'a eu lieu dans la région du Tigré. Certains partis d'opposition, notamment dans la région d'origine du premier ministre les ont boycottés se plaignant que leurs candidats aient été arrêtés et leurs bureaux vandalisés. C'est donc une victoire en demi-teinte.

  • Pendant ce temps-là se joue également une toute autre partie. La communauté internationale critique de plus en plus ouvertement la gestion de la crise par le gouvernement éthiopien.

  • Abiy Ahmed est notamment accusé d'empêcher l'aide humanitaire d'arriver correctement dans la région du Tigré et d'empêcher le travail des organisations humanitaires.

  • Deux ONG, Médecins sans frontières et le Norwegian Refugee Council, ont dû cesser leurs activités.

  • Enfin la semaine dernière, le gouvernement a renvoyé 7 représentants de l'ONU qu'il accuse de s'immiscer dans les affaires locales.

  • Les Américains menacent désormais de sanctionner tous les officiels impliqués dans la guerre au Tigré si les parties prenantes ne se mettent pas à négocier des accords de paix ou à permettre la bonne circulation de l'aide humanitaire.

Alors que la pression de la communauté internationale ne semble plus avoir aucun effet, l'espoir d'une sortie de crise rapide pour la région du Tigré s'éloigne.


🌍 Le monde cette semaine

🇹🇼 Le ministre taïwanais de la Défense a déclaré que les tensions avec la Chine n'avaient jamais été aussi fortes. Au cours des derniers jours, plus de 150 avions militaires chinois ont survolé l'espace aérien taïwanais. 👉 Nul homme n'est une île.

🇵🇱 La cour constitutionnelle polonaise vient de contester la suprématie de la loi européenne sur la loi nationale. Évidemment cela a fait beaucoup de bruit à Bruxelles tout le week-end et les journalistes ont même inventé un nouveau mot : Polexit.