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Dans la nuit du 7 juillet, le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné par une équipe de mercenaires dont on ne sait rien à part qu'ils sont des ex-commandos colombiens et américains surentraînés.

La vie politique en Haïti a rarement été calme, mais elle ne ressemblait pas pour autant à une superproduction hollywoodienne comme c'est le cas actuellement.

La mauvaise partie de l'île

Tout avait pourtant bien commencé pour Haïti. Peu après la Révolution française, les esclaves menés par Toussaint Louverture, libèrent le pays et créent la première république noire libre. La suite est tout de suite très mouvementée : le XIXᵉ siècle est le spectacle de nombreuses guerres et négociations avec l'ancienne colonie française, mais également avec son voisin Saint-Domingue. Pas de répit par la suite, Haïti passe la première partie du XXᵉ siècle sous domination américaine. Comme dans d'autres pays voisins, de grosses multinationales occupent littéralement le territoire avec l'appui de l'armée américaine.

En 1956, alors que le pays sort d'une période de putschs et de juntes militaires, la famille Duvalier prend le pouvoir. D'abord, le père dit "Papa Doc" en référence à son métier de médecin. Alors qu'il était issu d'une élection présidentielle libre, il gouverne le pays en autocrate jusqu'à sa mort en 1971. Il avait prévu sa succession en la personne de son fils "baby doc". On ne commentera pas l'impact du surnom sur la crédibilité du président. Le régime du fils s'enfonce davantage dans la corruption et l'inefficacité. Un soulèvement populaire règle le problème en 1986.

Après encore quelques années de juntes militaires, de nouvelles élections en 1990 propulsent Jean-Bertrand Aristide, un ancien prêtre défenseur des pauvres et des classes populaires. Dès 1991 il est renversé par un coup d'État. Avant que les États-Unis n'interviennent et replacent le président au pouvoir, il se passe quatre ans pendant lesquels le pays devient presque un narco-état. La situation économique ne s'améliorant guère pour la majorité de la population, le pays sombre de 2001 jusqu'en 2003 dans un état de rébellion permanente. Au point où en 2004, le président Aristide est exfiltré du pays par l'armée américaine. Plusieurs présidents défilent ensuite : René Préval et Michel Martelly. Le fait marquant des années post Aristide fut surtout l'énorme tremblement de terre qui dévasta la capitale Port-aux-Princes, tuant plus de 300 000 personnes.

En 2016, un ancien dirigeant de plantation de bananes qui se surnomme lui-même "Banana Man" ou "Après-Dieu", selon les jours, accède à la présidence. Accusé de corruption à grande échelle, notamment dans le scandale Petrocaribe, et surtout d'inefficacité dans sa lutte contre la pauvreté, les manifestations reprennent dès 2019 et elles ont duré jusqu'à aujourd'hui.

Dernièrement, une date a catalysé toutes les tensions. Le président, ayant été élu en 2016 et ayant pris ses fonctions le 7 février 2017, estime que son mandat se termine le 7 février 2022, alors que l'opposition considère que son mandat prend fin le 7 février 2021. Cela fait donc six mois que les manifestants demandent son départ alors qu'il pensait gouverner encore une bonne année. Impossible de faire trancher le sujet par la cour constitutionnelle, car cette dernière n'a pas été renouvelée. Idem pour le parlement qui n'a pas été renouvelé faute d'élections.

Visiblement, un commanditaire extérieur a décidé de trancher le débat par les armes. Dans un pays dont les rues sont dominées par les gangs, au point où même les politiques doivent passer par eux pour avoir accès à certains quartiers, il y a fort à parier que les événements de ces derniers jours ne vont pas apaiser la crise politique, sociale et constitutionnelle.

🌍 Le monde cette semaine

🇦🇫 Alors que l'Armée américaine poursuit son retrait d'Afghanistan les Talibans se sont emparés de deux villes stratégiques sur deux frontières différentes. Ils affirment contrôler 85% du territoire. Relire le briefing sur l'Afghanistan.

🇭🇺 Des manifestations ont eu lieu dans toute la Hongrie pour protester contre une loi qui criminalise la promotion de l'homosexualité dans les écoles. Relire le briefing sur la Hongrie.